TOMBE D'UN PRINCE CELTE

 

 

En pays dauphinois s'imposait une visite au chevet d'une ombre illustre, celle du Prince celte qui, deux mille huit cents ans durant, dormit non loin de là de son dernier sommeil.

C'est sur le domaine de l'ancien château de Jalionas, entre le lit du Rhône courant vers Lyon d'est en ouest, et la cité médiévale de Crémieu, que dès 1987, fut prospecté un vaste tumulus. A l'origine ceinturée de grandes pierres, ses dimensions laissaient présager de l'importance du personnage enseveli en ce lieu.

L'implantation celtique y fut très tôt présente avec un oppidum dont les substructures furent dégagées dès le XIXème siècle-Elles sont aujourd'hui incluses dans un Parc archéologique des hauteurs, le Camps de LARINA, classé Monument Historique. Le tumulus lui-même contenait une sépulture à inhumation décentrée par rapport au sommet. Jamais profanée, elle devait livrer, avec les restes d'un guerrier de grande taille, un mobilier funéraire à peu près intact.

Après examens dans un laboratoire d'Allemagne, la tombe reconstituée peut être vue dans la Maison du Patrimoine du village voisin, HIERES-sur-AMBY.  Ce musée local occupe un ancien presbytère qui jouxte l'église: Vieilles pierres roussâtres et puissants linteaux de chêne. Mais l'aménagement intérieur présente une exposition à la muséographie ultra moderne: Plans et maquettes, sonorisation, audiovisuels, retracent le peuplement et l'archéologie de "l'Isle Crémieux", de la Préhistoire à nos jours.  Quelques marches de pierre dégrossie à descendre, et sous les solives vénérables, nous pénétrons dans ce qui fut la cave du presbytère, aujourd'hui la crypte ou désormais repose le grand guerrier, derrière une vitre de protection.

Le corps reconstitué est allongé sur un lit de fortes planches de chêne qui, placées au-dessus de lui, devaient également concourir à le protéger de l'entassement des pierres tumulaires. A cause de l'éclairage réduit, on finit par distinguer, sur sa droite et près de la tête, les signes de son rang, le torque d'or et les larges bracelets d'or. Puis sort de l'ombre un bol de bronze aux bords évasés qui devait contenir des offrandes.

Près du corps, une longue épée de bronze à rainure centrale. Enfin ce qui peut être regardé comme le trésor personnel du Prince, et qui devait assurer son prestige, un couteau de fer à manche de corne d'où jaillit une élégante lame curviligne.

Posé du côté gauche à hauteur de la cheville, un vase de bronze -60 cm environ- dont la panse est ornée d'une frise exécutée au poinçon et représentant un vol de cygnes de part, et d'autre du disque solaire - thème lié au voyage dans l'Autre Monde - et qui a perduré à travers maints récits tant celtiques que médiévaux. Aux pieds du défunt figurent les témoins de l'ultime sacrifice rituel, les pattes antérieures d'un jeune taureau, tranchées et liées entre elles, le sang de l'animal égorgé devait soutenir celui qui s'éloignait sur le chemin qui conduit au Pays des Ancêtres. Tout auprès, le couteau de bronze qui accompli l'office...

 

L'ensemble de la tombe a été daté, du VIIIème siècle avant notre ère.  Moins somptueuse que les tombes à char sous tumuli des Princes celtes de la période de Hallstatt, elle n'en est pas moins le témoignage de l’avancée des Celtes anciens, utilisateurs du fer, dans la région dauphinoise; et cela non pas au - VI-Vème siècles comme le veut la datation communément admise, mais, dès une époque qu’il convient de reculer de deux ou trois siècles.

 

Puisque nous sommes en pays dauphinois, rappelons, à environ 50 km à vol d'oiseau, au sud du site de LARINA, précisément à LA COTE ST-ANDRÉ, la découverte en 1888, d'un char celtique sous tumulus.

 N'en restaient que quatre roues en bronze coulé et un haut vase de bronze. A l'époque, des témoignages firent état d'une forte cheville de fer, disparue depuis.

Ces vestiges, exposés au musée gallo-romain de LYON, furent datés du - VII - VIème siècle, mais pourraient aussi bien faire l'objet d'une révision en faveur de leur antériorité.

 

ROSMERTA