Jojo

Conte moral

D’après la tradition arverne

 

Il était une fois, en Arvernie, un petit village dans la Chaîne des Puys. Il y vivait un brave homme. On l'appelait Jojo. Intelligent, travailleur, érudit même, il avait bien des qualités pour que sa compagnie soit recherchée. Mais il ne cessait de se plaindre d'être seul et délaissé.

Et il geignait sans cesse sur son sort :

"Quelle misère, je suis toujours seul, jamais personne ne m’aide. Même Dieu ne s'occupe pas de moi ! Quand je Lui adresse mes prières,  Il ne me répond ou ne m'exauce jamais". 

A force de rabâcher ces doléances à tous ceux qu'il fréquentait, il finit par tous les lasser. Ils préféraient se passer de ses services, au demeurant excellents, plutôt que de supporter ses récriminations sempiternelles. Ainsi, tous le fuirent, et il fut encore plus seul.

Tous, sauf un Druide d'une grande sagesse qui l’acceptait patiemment tel qu’il était. Un jour, où Jojo déprimait plus que de coutume, il rendit visite au sacerdote qui, près avoir écouté ses plaintes, lui dit plein de compassion :

"Jojo, cesse de te lamenter! Cesse d'accabler la Source Divine ! Elle qui te comble tant ! Tu ne sais même pas reconnaître ni ses bienfaits ni ses grâces !"

 Jojo répondit:

-"Ah ! Tu en as de bien bonnes ! Ses grâces ! Ses bienfaits ! Si Dieu, l'Incréé, comme tu dis, m’en envoyait, tout le monde le verrait ! Si je suis si aveugle, qu'il me les montre, Ses Grâces ! Mais je doute…".

Le saint homme répondit en hochant la tête :

-   "Mon pauvre Jojo ! Comme tu blasphèmes ! Je te plains de tout mon cœur, car tu ne sais pas ce que tu dis. Pour t'aider à comprendre, je te demande seulement de faire ceci: Cette nuit, la lune sera pleine. Habille-toi chaudement, car il va faire froid. Couvre ta tête, et monte seul au sanctuaire de la Caverne de Bélisama, sur le puy que tu sais. Veilles-y jusqu'à l'aube!"

-  "Ridicule ! Je la connais bien, cette caverne ! Et contrairement à d’autres, je n’y ai jamais rien vu !"

 ricana Jojo.

-        "Fais comme tu voudras, mais alors cesse de te plaindre"

dit le Pontife. Jojo bougonna comme à son habitude, mais la nuit venue, il fit néanmoins ce qui lui  avait été  conseillé.

 

Il gravit le puy et arriva près de son sommet. Là, à presque mille mètres d’altitude, il vit l’entrée sombre de la caverne. Elle enfonçait profondément ses salles et couloirs de basalte dans ce volcan sommeillant depuis quelques milliers d'années. Il y entra. Il visita quelques salles, en manquant de s’assommer contre un plafond un peu bas. Dans une, il grommela :

-« La salle du Petit Peuple ! C’est comme au Col des Goules et les lieux de Pouvoirs! Jamais rien vu, ni lutin, ni goule ! Juste des renards et des chauves-souris ! Peuh ! Rien d’autres ! »

Il soupira, puis il revint vers la sortie. Comme le Druide le lui avait recommandé, il s’installa dans  ce porche naturel que certains appellent le Sanctuaire de Notre Dame Bélisama. Il y faisait froid, et il se dit qu'avec un bon feu devant l'entrée de la caverne, bien emmitouflé dans son sac de couchage, il pourrait voir venir les événements assez confortablement. Il alluma le feu. Pour passer le temps, il grignota quelques abricots secs. Il les arrosa d’un bon chocolat bien chaud. Les heures tintaient lentement aux clochers des villages alentour.

 Et plus elles s'égrenaient longuement, plus il maugréait :

" Quel sot je suis d'avoir écouté cet hurluberlu de Druide ! Il ne s’est rien passé ! Il ne se passera rien ! Je suis aussi gnaulu que lui d’être venu ici me geler !"

 Mais dans les minutes qui suivaient, sans trop vraiment y croire, Jo priait:

 " O, Toi, Source Sublime, Toi l'Incréé dont parle ce Druide, fais qu’il dise vrai, envoie-moi un signe!"

Et plus Jo priait, plus il y mettait de ferveur. Il en sanglotait presque. Dans la vallée, un clocher avait égrainé la deuxième heure du matin, et Jo attendait toujours. Mais rien ne se passait, et le sommeil commençait à le travailler, alourdissant ses paupières. Comme le froid avait forci, il s'engonça un peu plus dans son couchage. Cela le réchauffa quelque peu, mais cette relative amélioration de son confort renforça sa somnolence. Il luttait de toute sa volonté pour ne pas s'endormir. Il priait avec encore plus de ferveur. A ses prières, il ajouta même

"O Dieu, Toi l’Incréé, si tu es vraiment comme le dit ce Druide, je te prie d'excuser mes paroles désobligeantes et de m'envoyer un signe. Car je désespère : le doute me ronge !"

       Dans sa demi-torpeur, Jo continuait de scruter la nuit. A un moment, il ne sut plus s'il dormait ou s'il veillait, mais il vit une lueur dans le ciel, comme une étoile filante. Mais cette fois, il n’en avait jamais vu de cette sorte jusqu'à présent. Et des étoiles filantes, il en avait vu ! Car Jojo, astronome amateur,  contemplait souvent le ciel nocturne. Mais ce météore-là  se  déplaçait en zigzaguant à angle droit, à toute allure. Ce qui à son entendement, ne pouvait faire ni une météorite, ni un aéronef classique.  Jojo était aussi passionné d'aviation, et il savait que jamais un avion classique n'aurait été capable de telles évolutions à si grande vitesse.

       Comme la lumière s'approchait très vite de lui, Jojo eut très peur.  Pour ne pas attirer l'attention sur lui, s'il en était encore temps, il fallait éteindre le feu qui rougeoyait devant la caverne. Il voulut se lever pour le faire, mais Jojo fut incapable d'esquisser le moindre mouvement.

       Trop tard ! Plus aucun doute maintenant, il était repéré ! La lueur s'intensifiait et grossissait : Et elle se dirigeait droit sur la caverne. Elle ralentissait à mesure qu’elle approchait. Elle s'arrêta enfin en lévitation à sept mètres de l'entrée de la caverne refuge de notre homme. Tétanisé, sans pouvoir comprendre ce qui lui arrivait,  Jojo vit une silhouette humaine émerger de la lumière. Des taches de lumières colorées l’environnaient Et de ces lumières émanait le chant d’un chœur de voix masculines et féminines. Il n’avait jamais rien vu et entendu de si merveilleux. Rêvait-il ou était-il éveillé ?

       D'effroi, Jojo voulut crier. Il s'aperçut que, s'il ne pouvait bouger, par contre il pouvait encore parler. En se disant que sa dernière heure était probablement venue, il dit:

-"O, Dieu, je t'ai offensé par mes propos, mais j'étais ignorant, pardonne-moi!".

Car vu les circonstances, pour Jojo, ce ne pouvait être que Dieu qui était devant lui, entouré de son escorte céleste. Et qui venait châtier Jojo de son outrecuidance, sans aucun doute !

L'être de lumière s'approchait lentement de Jojo. Il ne semblait pas marcher, mais plutôt flotter au-dessus du vide. Il s'arrêta à un demi mètre de Jojo. Le pauvre homme épouvanté ferma les yeux, hurla, pitoyable:

-"Pitié ! Je suis un ignorant ! J’ai pêché contre Toi, je mérite ta colère. Mais épargne-moi, car je ne savais pas, j’étais désespéré !".

 Comme rien ne se passait, il rouvrit les yeux et vit que l'être de lumière le regardait au fond des yeux, en silence. Et il souriait. Et Jojo vit aussi qu'émanait de l'apparition une douceur ineffable, indescriptible. Quelque peu rassuré par tout cela, Jojo examina son visiteur : Les traits et la silhouette de cet être étaient sans défaut. Mais Jojo fut incapable de savoir  si ce visiteur était jeune ou vieux, car si ses traits étaient sans rides, la majesté, la noblesse du regard et l'allure du personnage dénotaient une maturité et une sérénité qu'il n'avait jamais rencontrées, sauf peut être parfois chez le Druide qui lui avait conseillé cette expédition. De même, impossible de savoir à quelque détail anatomique si l'apparition était un homme ou une femme.

-"Pas de doute, c'est Dieu, l'Incréé, masculin et féminin à la fois, parce qu'il est le Tout, comme m'a souvent dit le Druide. Et je vais expier mes divagations."pensa notre pauvre Jojo.

 Après un temps qui sembla l’Eternité à Jojo, son visiteur parla enfin. Sa voix était à la fois ferme, douce et rassurante. Impossible toujours de dire si c'était une voix féminine ou masculine.  Il semblait à Jojo que cette voix  résonnait comme dans sa tête. Et elle lui disait:

- "Que redoutes-tu, Jojo!  Penses-tu vraiment que l'Incréé te fera du mal pour te prouver qu'Il s'occupe de toi? Que redoute-tu donc?"

 Jojo se dit que si l'inconnu savait si bien son nom et ce qu'il pensait intimement, pas de doute, il se trouvait bien face à l'Eternel. Mais avant qu'il eut ouvert la bouche, il entendit dire:

-"Non, Jojo! Je ne suis pas l'Incréé, mais un être qui le respecte, l'honore et vit en harmonie avec la Source Sublime qui l'a créé."

 Jojo se rassura un petit peu, et pensa que si ce n'était Dieu, ce devait être un ange. Un ange comme en parlait le curé et bien des gens de sa petite bourgade. A moins que ce fut un de ces Grands êtres, les Devi, comme disaient le Druide et quelques autres.  Mais prévenant sa question,  l'être lui tint ce discours:

-"A quoi te sert de vouloir à tout prix me mettre une étiquette? Si tu prends le mot ange selon son origine babylonienne ou grecque, c'est à dire messager, alors je suis un ange. Mais d'autres m'appelleront guide, gardien, dieu, Devos, et de bien d’autres noms. L’homme aime bien trop souvent se faire piéger par des mots. Peu importe le nom dont il nous qualifie.

Sache plutôt qu'Eternel est l'Incréé. Et qu'avec vous, les hommes, nous sommes Ses Créatures. Et nous en sommes tous Ses Emanations, toi, comme moi, moi, comme toi. Mais nous sommes à des degrés de conscience différents.

Les hommes, à part quelques sages, ont oublié les Dieux, mais les Dieux n’ont jamais oublié les hommes. Ils ont besoin de nous pour vivre et progresser harmonieusement, et nous, nous avons besoin de vous, pour assumer la Tâche que l’Ineffable nous a confié dans votre monde.

Et dans ce cadre, en toute fraternité. Si tu l'acceptes, bien entendu! Car tu restes toujours libre de ton choix. » Et il entendit diverses voix du chœur lui répéter :

-« Nous sommes les Grands Frères des hommes, et nous sommes là pour t'aider, Jojo, si tu le veux »

Et ils se nommèrent, un à un.  L’un d’eux conclu :

 -« Nous  veillons sur toutes les nations ! » Et les lueurs colorées du chœur s’évanouirent. 

       Le pauvre Jojo était abasourdi par tant de respect et d’humilité de la part d'êtres si extraordinaires. S'il voulait bien de leur aide ! 'Cré mille lougarous, ça oui ! Mais Jojo restait néanmoins très effrayé malgré les paroles plus que rassurantes de son si fantastique visiteur et de ses compagnons.

 "-Oui ! aidez-moi ! Je veux savoir ! Je veux comprendre! S’il vous plait !"Murmura-t-il d’une voix tremblante.

Savoir ! Comprendre ! Mais que savoir ? Que comprendre ? Dans son émotion, Jojo ne savait plus au juste quelles questions poser d’abord. Il en avait tant à soumettre à l'Etre de Lumière qui était resté.

Ce dernier sourit encore plus et demanda :

"- Ne te plains-tu pas que l'Incréé ne s'occupe jamais de toi? Que tu es toujours seul» ? Jojo reconnu, penaud.

 "-C'est vrai ! Mais à part votre venue, je ne vois toujours guère ce qu’il a fait pour moi?"

Le visiteur répondit :

-" Je vais te montre ce qu’il en est vraiment. Mais dis-moi, tu déplores bien que personne ne se soucie jamais de toi ? Ne sommes nous pas soumis aux lois auxquelles nous souscrivons ?

-«  Ce que tu dis est juste ! » Acquiesça notre garçon.

-« Alors, depuis que tu es sur cette planète, combien de fois as-tu aidé autrui par pur Amour, sans arrière pensée spéculative ou égoïste?"

La question était ferme et sans détour. Mais, à bien y réfléchir, des plus embarrassantes pour beaucoup, et Jojo était de ceux-là :

 -"euh! ... eh bien... heu..." parvint-il à articuler en raclant de la gorge..

 Car s'il avait un caractère bougon, Jojo était d'une honnêteté rigoureuse. Et il ne trouvait pas vraiment foule de ses actes répondant aux critères de la question du Grand Etre. Et encore, il n'était pas sûr du tout que celles auxquelles il pensait le soient vraiment. Jojo garda un silence embarrassé et prudent.

 Le Grand Etre s'esclaffa :

-" Tu sembles bien perplexe ? Je vais t'aider à faire le point, si tu veux bien?"

Confus, Jojo accepta, bien sûr, et l'Etre de Lumière dit:

- "Je vais t'amener dans un lieu qui va symboliser ta vie jusqu'à ce jour."

 Et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Jojo et son guide se trouvèrent transportés dans une vaste plaine de sable plutôt désertique. Ils commencèrent à évoluer dans ce contexte, dans un endroit où on pouvait voir un certain nombre de traces de pas. Au début on voyait les traces d'un bébé, entourés par d'autres, d'adultes.

-"Ces petites traces sont les tiennes, quand tu étais un bébé, les autres, celles de ta famille, de tes amis. Celles-ci,  qui suivent toujours les tiennes sont les miennes".

 Les traces de Jojo grandissaient à mesure qu'ils progressaient. De nombreuses autres souvent l’entouraient. Mais toutes à un moment s’écartaient ; les traces qui accompagnaient celles de Jojo se raréfiaient. Et de plus en plus fréquemment, même, il n'y avait plus que la trace d'une seule personne sur le sable.

-"Ah ! Là, j'étais bien seul, là, il n'y a qu'une trace! Tout le monde me fuit ! Je ne me suis pas trompé! Là, c'est évident, j'étais seul et abandonné à mon triste sort !" Grogna Jojo qui s'était quelque peu rassuré entre temps.

-" Que tu dis !" Rétorqua le Devos.

-"Je ne vois qu'une seule trace, aucune autre, et comme c'est ma vie que nous suivons, c’est que je suis seul, ou sinon, où sont les autres traces".

-"Patience ! Tu ne va pas tarder à le savoir. Mais n'as-tu rien remarqué d'autres". Interrogea le visiteur.

Jojo se pencha sur les traces, les examina attentivement et grimaça :

-"Si! Mes traces semblent s'enfoncer dans le sable plus profondément quand je suis seul, comme si j'étais très lourdement chargé. C'est ça ! Lourdement chargé, par le poids de ma solitude ! Et puis, les fleurs sont rares et étriquées dans ce monde !"

Le Grand Etre sourit.

-" Ces fleurs sont tes actes d'Amour pur! S'il y en a si peu, si elles sont discrètes, c'est qu'il faut semer et cultiver avec Amour pour qu’elles s’épanouissent."

 Jojo déglutit péniblement, et reconnu, tout confus:

- " C'est vrai, jusqu'ici ma vie a été plutôt stérile et égoïste : quand je rendais service, j’espérais bien en tirer un plus grand profit ! mais personne ne m’a rien dit, sauf le Druide, et toi, maintenant..."

 Le visiteur répliqua pour la seconde fois:

- " Que tu dis ! Tu as souvent fait la sourde oreille, plutôt que les écouter. Au point même tu les as lassés ! »  

Jojo dut en convenir, piteux. Et son mentor continua :

« Regarde! Nous arrivons ici au temps de notre rencontre dans la caverne."

 Et Jojo reconnu la caverne. Mais elle irradiait une lumière éblouissante et douce à la fois. Le chœur multicolore les attendait. Mais ce n'est pas ce qui le surprit le plus, ni les innombrables fleurs d'Amour qui la tapissaient. Ce fût d'abord que ces fleurs étaient énormes, très belles, fleurant incroyablement  bon. Ensuite il vit qu’elles émanaient de manière incompréhensible du chœur des tâches de lumière et des mains de son guide, mais surtout que la trace solitaire, qu’il prenait pour la sienne, aboutissait sous les pieds de son Guide ! Et  Stupeur! Que lui, Jojo, était juché sur ses épaules! La confusion de Jojo était à son comble.

Il resta médusé, sans voix.

"-Eh oui ! La charge que tu portais était très lourde! Si lourde que tu ne pouvais la porter ! Alors j'ai du la porter, et toi avec." Dit doucement en souriant avec beaucoup de compassion le Grand Etre.

 Des larmes jaillirent des yeux de Jojo, très ému. Elles avaient à la fois le goût de l'amertume, de la joie et d'une indicible tendresse.

Il sanglota longtemps et le Grand Etre le consola, le serrant contre son épaule. Et Jojo sentait l'Amour extraordinaire qui émanait de son protecteur, et il s'en sentait bien. Cependant, il ne cessait de se reprocher sa cécité spirituelle passée, et il en était désespéré. 

Quand il eut quelque peu calmé les pleurs et les remords du pauvre Jojo, le Devos lui dit. :

-" Réjouis-toi, Jojo! Car maintenant tu sais! Tu as vu, et tu as compris, car tu as enfin su regarder avec les yeux de ton cœur".

-"Ah ! Oui ! J’ai vu et compris que je n'étais jamais seul, mais hélas, aussi quel aveugle j'étais ! J’ai honte ! Je ne pourrais jamais me racheter de tant d'ignorance!".

-" Mais si! Il n'est pas d'épreuve pour un homme qu'il ne puisse surmonter. Et chaque épreuve lui permet d’augmenter sa prise de conscience, pourvu qu’il le fasse. Si maintenant tu as compris, si tu connais la Vérité, dis-La avec ton cœur, dis-La à la face du Monde!"

 -" la Vérité ! Je vais La lui dire, au Monde, pour sûr!" S’exclama Jojo avec une ardeur, un enthousiasme et une conviction qui le surprirent.

 

Et il se sentait empli d'une allégresse et d'une force qu'il n'avait jamais connues auparavant. Le Grand Etre sourit, leva la main pour le saluer. Jojo voulut lui répondre, le retenir, il avait tant de questions à poser encore. Mais il ne put que lever la main en signe d'au revoir, et le visiteur disparu comme dans un fondu cinématographique, et avec lui, la Lumière, le chœur et les fleurs d'Amour. La caverne avait retrouvé son aspect habituel. C'était l'Aurore et le feu s'était éteint, ne réchauffant plus la fin de cette nuit qui était très froide à cette altitude.

 

La morsure du froid fit frissonner Jojo. Et il réalisa alors qu'il avait récupéré la liberté de ses mouvements. Encore un peu gourd, il se leva, s'étira en regardant Hèol s'élever au-dessus de l'horizon. Un des rayons de l'astre du jour illuminait jusqu'au fond de la caverne et réchauffa le pauvre Jojo encore tout secoué de son épopée nocturne. L'avait-il vraiment vécue? Ou était-ce un rêve? Une vision? Pourquoi pas une hallucination ? Qu'importe, cette expérience lui avait permis de prendre conscience qu'il était plus entouré qu'il ne l'aurait cru. Comme beaucoup le croient encore, d'ailleurs.

 

-" Vois avec les yeux de ton cœur!" Répétait-il, comme le lui avait dit l'extraordinaire visiteur.

Et il regarda le Monde qui s'éveillait avec son cœur. Et il L'aima, ce Monde.

Et il se sentit très heureux de vivre.

-" Quelle magnifique journée!" se dit-il, et il se déchaussa et marcha pieds nus dans la rosée qui blanchissait l'herbe rase autour de la caverne.

-« ça ne rend pas que les bergères jolies … » pouffa-t-il, en connaisseur. Et il eut une pensée de gratitude pour le Sage qui lui avait appris ce rituel.*

Au bout d'un quart d'heure, il sentit une force bienfaisante monter en lui. Il rendit grâce à l'Incréé, se rechaussa, puis avala une rapide collation. Ensuite il rassembla ses affaires dans son sac à dos et redescendit dans la vallée, là où il devait dire la Vérité à la face du Monde.

 Toute sa vie, Jojo tint parole, on ne l'entendit plus jamais se plaindre. Au contraire !

Et il enseignait sans cesse à ceux qui voulaient bien l’écouter, et il y en eut beaucoup :

-« Aucun homme n'est jamais seul, mais très souvent, il est aveugle de l'âme. Pour voir toutes les grâces qu'il reçoit sans cesse du Monde Divin, il lui faut regarder avec les yeux de son cœur, avec les yeux de l'Esprit !".

 

Lo Skiant /I\

    Tous droits reserves pour le monde entier

Notes :

Pontife, est celui qui fait les ponts : Un Druide est celui qui relie les Deux Mondes par des ponts spirituels.

Un puy est une montagne volcanique arverne, comme le Puy de Dôme, le Puy de Sancy, etc.

Une goule ou empuse est une entité subtile. La légende dit qu’elle se nourrit du psychisme de ceux qu’elle rencontre.

Gnaulu= embrumé, du gaulois niolos, les brumes, les nuages. On retrouve cette racine dans gnaule, alcool fort dont l’excès vous embrume l’esprit.

Héol, Héolios est le Soleil. A ne pas confondre avec Eole, Dieux des vents chez les Grecs et les Romains. Neo Héolios= nouveau soleil= le solstice d’hiver =>Noël

Lougarous, ou plutôt Lugaru,  désignent ceux qui vénèrent le Devos Lugus, (Lug), Dieu de toutes les techniques.

*Soyez prudent ! Pensez que la rosée peut être bourrée de pesticides et autres polluants avant d’imiter Jojo ! Choisissez bien l’endroit.

 

 

 

 


 


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