La Bourgogne, terre sacrée…                 

 

La Bourgogne au fil des temps

 

Dès le 5e siècle avant l'ère vulgaire, les Eduens (les Ardents), occupaient le territoire de l'actuelle Bourgogne, soit conjointement avec les Sénons (les Anciens) pour le département de l'Yonne, soit en totalité ceux de la Nièvre, de la Côte d'Or et de la Saône-et-Loire. Sur la rive gauche de la Saône (la molle Arar) vivaient les Ambarres (ceux qui, habitent des deux côtés de la Saône), fidèles clients des Eduens. Au sud dans ce qui est maintenant le Rhône et la Loire, les Ségusiaves voisinaient avec les Vellaves, ceux du Velay.

Du fait de sa position privilégiée, proche des voies navigables reliant le nord au midi, le pays Éduen était riche. En témoignent les nombreuses trouvailles d'objets laténiens retirés du lit de la Saône tant à Cavillonum (Châlon-sur-Saône) qu'à Matisco (Mâcon), ports fluviaux important. Abondante en sommets, cirques rocheux, forêts et sources, cette terre à fois sauvage et fertile composait des paysages profondément celtiques, voués aux Dieux.


Par les chemins de Bourgogne, des poteaux indicateurs suggèrent"Suivez la grappe" ce qui va de soi sur cette terre dionysiaque.  Le raisin ne mûrit-t-il pas sous l’œil du Sagittaire, gardien stellaire de la contrée et digne représentant des Centaures, ces ivrognes invétérés qu'Héraklès eut tant de peine à réduire!



 



La Bourgogne, terre sacrée…

 A l’ouest de la Saône, elle élève la grappe aux grains serrés de ses églises romanes, dont on sait qu'elles furent édifiées sur d'antiques centres cultuels.

 En témoignent aussi les menhirs qui subsistent nombreux en Bourgogne méridionale, christianisés ou non.  Près de Couches, pays de la Wouivre, les menhirs d'Epoigny tiennent conseil dans un champ, le plus haut gravé d'une figure anthropomorphe et d’une hache. Le petit menhir de Massy a conservé l'ébauche d'un quadrangle chevelu dont on veut qu'il soit une évocation de la Déesse du lieu. Le grand menhir de St-Micaud présente un long signe serpentiforme à huit méandres qui s'achève en trident. Des signes encore, la plupart gravés sur la face est, sur les menhirs de Tazilly, de St-Clément-sur-Guye, de Genay, les "pierres aux fées" de Chalmoux, la Pierre de la Dame, et tant d'autres dissimulés, abattus, enterrés, ou bien entourés d'un halo de légendes Des cérémonies druidiques se perpétuent au pied du menhir de la Chapelle-sous-Brancion. En bordure de la Saône et sur la limite des communes de Cormoranche et de Grièges, se dressait la "Pierre Thorion". De nuit et dénudées, des femmes stériles venaient de fort loin pour s'y frotter les seins et le ventre. Bien entendu, l'Eglise fit édifier là une chapelle où les pèlerinages se succédèrent. Un jour, la "Pierre Thorion" tomba sur le territoire de Cormoranche qui prétendit se réserver le monolithe. Mais Grièges ne l'entendit pas ainsi, et une lutte homérique se poursuivit plusieurs siècles durant entre les deux communes, avec déplacements et tentatives d'enlèvement. Aujourd’hui, le monolithe gît sur un tas de pierrailles dans une propriété privée

A plusieurs reprises on tenta de déraciner la Pierre Fiche de Boyer. En dépit des moyens les plus extrêmes, on ne réussit qu'à la faire s'incliner quelque peu. Il fut dit qu'elle penchait un peu plus chaque siècle, et que sa chute serait le signal de la fin du monde. Il en est de même pour la Pierre Pointe de Sussey, chère à Henri Vincenot. La revue « L'Homme préhistorique » écrivit qu'un certain M. Parise, ayant détruit les alignements de St-Pantaléon, « pour cette mauvaise action, ne tarda pas à mourir ».

 Une campagne de réhabilitation basée sur des indications toponymiques, a permis l'identification des sites à pierres levées, parfois leur redressement et leur classement comme monuments historiques. L'étude des signes déchiffrés par détection nocturne et en lumière rasante a ouvert la voie à une connaissance d'un art mégalithique propre à la Bourgogne, avec un ordre de symboles répandus au 4e millénaire avant l'ère actuelle.

 Tant de pierres étranges parsèment le vieux sol Éduen longtemps protégé par ses vigiles naturels! Au Ve siècle, l'évêque d'Auxerre, St Germain, passant par Luzy proche du Mont-Beuvray, rencontra un groupe de Druides qui lui reprochèrent de violer leur retraite et de troubler leurs mystères... En l'an 864, lorsque Jonas, évêque d'Autun, voulut consacrer la chapelle de la Nocle, les Druides soulevèrent la population qui se posta dans les bois voisins pour lui faire un mauvais parti. Prévenu à temps, il put fuir par Bourbon-Lancy.

A Monsauche, une roche en forme de pyramide tronquée, constellée de cupules, passe pour la Table du Festin des Fées. Près du lac des Settons, l'énorme dolmen de la Pierre Chevresse étale un puissant profil d'ophidien. Un dolmen de taille impressionnante fait partie d'un site mégalithique au sommet de la montagne de Suin. Et tant de Pierres Folles, de Pierres qui dansent, de Pierres tournantes, de Pierres qui croulent, sans parler des Pierres à gravures comme, la Pierre écrite d'Alligny ou la Pierre de la Boutrille.

 Mentionnons encore la Pierre des Blancs, un amoncellement de roches blanchâtres dans les bois de la Corne d'Artus au-dessus de Beaubery. Leur aspect n'est pour rien dans leur nom actuel. Ces pierres passent pour servir d'autel aux Blancs, ces prêtres schismatiques successeurs de ceux qui en 1801, refusèrent l'application du Concordat entre Eglise et Etat. Vêtus de blanc, tête couverte d'une capuche blanche, ils officient clandestinement de nuit, en des lieux retirés. Ils ne pénètrent jamais dans une église, consacrent baptêmes et mariages au domicile de leurs fidèles, et sont inhumés dans un cimetière particulier dont les pierres tombales ne portent aucun nom.

Les Blancs du Charollais ne doivent pas être confondus avec les Béguins du Forez, bien que les deux communautés aient reçu, chacune pour sa paru, la connotation de "petite Eglise". Les Béguins furent tout d'abord une assemblée de paysans auxquels les évènements de la Terreur avaient quelque peu dérangé la cervelle.

Dès 1794, ils se réunissaient dans les bois avec femmes et enfants, dans le but de créer une "Nouvelle Jérusalem" sous l'égide d'un nouveau "Moise". Ces jansénistes exaltés semèrent quelques troubles, inquiétèrent la maréchaussée, et connurent une dispersion finale vers le milieu du XIXème siècle, alors que les Blancs survivraient, quoique fort réduits, aux alentour de La Clayette. Ils fréquentent aussi les fontaines sacrées de Montvallet, de N-D de Romay, et de St-Jean à Varennes-sous-Dun.

Tout auprès de la Pierre des Blancs, une cuvette d'eau claire. De longue date la source est sacrée.

A cause des petites croix votives plantées en son entour, la fontaine des Croix, près d'une chapelle Ste-Radegonde, a fait l'objet d'une attention particulière. Le sculpteur lyonnais Yves Gaillard, qui si bien sait transformer en oeuvres d'art les ormes atteints de la graphiose, déposa au pied du hêtre entre les racines duquel elle sourd, la tête d'une divinité féminine dont un doigt sur la lèvre commande le secret. A quelques mètres de là, l'artiste a accompagné cette gracieuse figure du chef d'un dieu sylvestre taillé dans une souche, et qui réitère le même geste de silence.

La fontaine à Chagrin, près de Lacrost, était gardée par une wouivre. Un jour elle se fit voler son escarboucle par un nommé Chagrin, alors qu’elle l'avait déposée pour boire. Aveuglée, elle en périt. Quant à la Mare de la Ville d'Allery, elle se serait formée sur l'emplacement d'une ville engloutie. On peut parfois entendre les cloches de la ville détruite qui sonnent au fond de l'étang. La fontaine sacrée de la Certenue (ou de l'Essertene), est la plus révérée. On y venait la nuit du dimanche au lundi de la Pentecôte, ce qui donnait lieu à des rassemblements car on lui attribuait la propriété de guérir tous les maux. Sur une dalle qui la borde, une empreinte pédiforme passe pour une trace préhistorique, laquelle apparaissait comme le "Pas de la Dame", la divinité des Eaux. Jusqu'au milieu du XVIIème siècle, la fête de la Certenue était dite "balladoire", c'est à dire païenne, à cause de certains débordements contre lesquels tonnaient les curés de Mesvres, la ville voisine. Ceux-là, ou connurent une mort rapide, ou durent demander leur changement. Une chapelle dédiée à la Vierge fut bien construite sur le site, cependant, depuis plus d'un siècle on n'y voit plus de pèlerinages pieux. Un autre site connut une fin plus radicale, celui des fontaines salées de Vézelay. Ces sources appréciées des Gaulois, encloses dans un Nemeton, étaient à la fois sanctuaire, lieu de cure et centre de production du sel, sous la garde de l'oppidum haut-perché, là où se dresse aujourd'hui la basilique de la Madeleine. Les Gallo-romains transformèrent le site en un spacieux établissement thermal, avec piscines et salles de gymnastiques. Les invasions en effacèrent toute trace. Abandonné en pleine nature, ce complexe d'eaux minéralisées expire ses bulles en plein vent au bénéfice des nixes et autres sylvains.

Au cours de notre pèlerinage aux sources, nous avons pu constater que leur fréquentation n'a pas cessé. On trouve sur leurs bords quantité de petites croix faites de branchettes nouées de rubans et parfois porteuses de messages à la Deva du lieu, mais aussi des rangs de bougies qui pleure leur suif, et même une louche, afin de boire plus aisément après avoir puisé aux profondeurs des eaux.

Il convient aussi de nommer les grottes, dont celle de Blanot. A 80 m. sous terre, vingt et une salles à concrétions attirent la curiosité. Les grottes d'Azé ne leur cèdent en rien. Le parcours en barque de la rivière souterraine, sous des draperies de calcaire, longe un menhir, stalagmitique celui-là le site où s'affrontèrent l'ours et le lion des cavernes.

 


Le site préhistorique de Solutré (Saône & Loire) Dessin : Jean Pierre Gillot

 

La Bourgogne archéologique s'illustre de deux pôles principaux: au nord, avec l'Archéodrome de Beaune, le Mont Beuvray et la gloire de Bibracte.  Au sud, la Roche de Solutré, un escarpement qui, de ses 492 mètres, surplombe les vignobles de Solutré-pouilly, comme l'étrave d'un navire de haut bord domine les vagues. Au pied de ce promontoire furent découverts par milliers des ossements de chevaux. En naquit la légende selon laquelle les chasseurs du Néolithique auraient orienté le flux migratoire des chevaux sauvages de manière à les précipiter du haut de la Roche. On sait aujourd'hui que les chevaux étaient abattus à la sagaie.

Au flanc sud-est de la butte fut creusé ce qui, dès 1987, est devenu le Musée Départemental de la Préhistoire. On y dénombre toutes les variétés de l'industrie lithique, outils ou matériel de chasse, en particulier la fameuse "feuille de laurier", une longue et mince lame de silex artistement travaillée sur ses deux faces.

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En cette année 2001, le Musée a choisi de présenter simultanément deux expositions. Lesquelles, réunies sous le chapiteau commun de l'archéologie, n'en conservent pas moins leur singularité propre.

La première donne à voir tous les aspects du Féminin tel qu'il était perçu par nos lointains ancêtres, une salle où sont présentes par dizaines les figurations, retranscrites ou statufiées, de ces génitrices parfois qualifiées de "Vénus stéatopyges" (aux fesses très développées).  Elles ont en commun d'être nues, têtes dépourvues de traits, mise en valeur de la vulve et du bassin comme une promesse d'enfantements multiples. Sculptées, elles atteignent à peine quinze centimètres. Elles sont toutes là, nos Mères, depuis la Dame de Lespugue, une Pyrénéenne de 23000 mille ans d'âge, taillée dans de l'ivoire de mammouth. Un ovale lui tient lieu de visage, épaules et bras atrophiés, pieds minuscules joints, au-dessus desquels à partir du genou, s'évasent amplement cuisses, hanches et ventre sur lequel retombent d'énormes seins. Plus dégagée apparaît la Dame de Laussel (Dordogne).

Sculptée en bas-relief, dans sa main droite elle élève une corne de bison. Au paléolithique supérieur apparaît un type nouveau; minceur presque esthétique, torse quasi-adolescent, la vulve profondément marquée les a fait nommer "Vénus impudiques" ainsi la "Vénus" de Laugeri Basse (Dordogne). Le petit visage énigmatique (2 centimètres) appartient à la Dame de Brassempouy (Landes).Pas de lèvres, un nez à peine ciselé, et un regard plus deviné que réel.  Sculptées dans le bois de renne, l’ivoire, la stéatite, ou moulées dans l'argile, voici les "Vénus" hypertrophiées de Grimaldi, de Wollendorf (Rhénanie), de Dolni Vestonice (Moravie) ou celle émergeant d'une incisive de cheval (Bedeilhac.Ariège). Leur succèdent les figures longilignes en ivoire et en pierre, trouvées dans les habitats gravettiens d'Avdeevo et de Kostienki -28000 à 18000 ans-dans la vallée du Don.

Plus récentes -12000 ans- sont les innombrables silhouettes féminines stylisées sur des plaquettes de schiste de Gönnersdorf (Allemagne) ., . . . Comparées au petit nombre de figurations masculines qui nous sont parvenues, alors il est possible de conclure que le Féminin sous tous ses aspects a hanté l'imaginaire de l'Homme de la Préhistoire.






Tout autre champ d'étude avec l'exposition "Mammuthus".Au nord de la Sibérie, entre mer de Kara et mer de Laptev, la presqu'île de Taymir projette quelques îles jusqu'au cercle polaire. Dans la toundra glacée, les Dolgans, un peuple de nomades, survivent en pêchant le saumon et en élevant les rennes. Au cours d'une partie de chasse, l'un d'eux, Gavril Jarkov, découvrit, émergeant d'un champ de neige, deux défenses de mammouth. Superbe jouet pour son fils Kostia, 9 ans, mais qui dut changer de mains! Passant par-là, l'explorateur Bernard Buigues en fit l'acquisition. Fasciné par les grands mammouths disparus, il voulut reconnaître le site d'où provenaient les précieuses défenses. Ainsi fut préparée une exploration sous le parrainage du professeur Yves Coppens, le paléontologue bien connu. Au musée de Solutré, à travers les photos du reporter Francis Latreille, il est possible de suivre les péripéties de cette aventure polaire qui sou vent prirent figures d'exploits.

Le campement dressé près du site repéré par Gavril Jarkov, on creuse dur, de manière à respecter les dimensions de l'immense bête. Il y fallut le secours de générateurs et de compresseurs ravitaillés en kérosène par hélicoptère. Allers et retours à Khatanga, la capitale et l'aérodrome de ce pays perdu.  L'équipe russe a du cœur à l'ouvrage, et l'on ne tarde pas à tailler dans le permafrost un mausolée où Jarkov dort son dernier sommeil. Car on a tenu à honorer de son nom la famille qui fut à l'origine de la découverte.

 Certes, le quotidien manque d'attraits: soupe de renne matin, midi et soir, après que la viande ait été taillée à la hache. ,Parfois la tempête survenue, les toiles de tentes sont envolées et les arceaux brisés. Une idée de génie: au lieu de batailler contre l'inflexible dureté du permafrost, le faire fondre à l'aide d'un sèche-cheveux. Et c'est le miracle! Sous la main de Bernard Buigues apparaît une poignée de longs poils d'un blond châtain, des poils laineux magnifiques pouvant mesurer jusqu'à 1 mètre. L'odeur du mammouth réveille toute l'équipe.

Vingt mille trois cents ans ! C'est la durée du sommeil qu'aura, connu Jarkov, l'enseveli des neiges désormais assuré de la célébrité. Pour sa préservation, il ne saurait être question de l'extraire de son linceul de glace. Le bloc entier (vingt trois tonnes) devra être transporté par la voie des airs, ce dont se chargera un puissant hélicoptère, le MI 26 russe, un des plus gros du monde. Octobre 1999. Ce sera l'arrachage hors du sol gelé. Une dernière fois, Jarkov survole la toundra où, quarante neuf années durant, il a mené son existence de grand pachyderme philosophe.

Suspendu aux filins, il vole, le mammouth, vers Khatanga où lui fut préparée une demeure respectueuse de la chaîne du froid, une cave-laboratoire réfrigérée à -15°C. Accueilli par les autorités locales, il va voir se succéder à son chevet des scientifiques de maintes disciplines, anxieux de ravir les secrets des millénaires dont il est porteur. Qui sait si son ADN retrouvé ne va permettre à ce patriarche de prolonger la pérennité de sa race ...

Il est possible que cette exposition "Mammuthus" fasse naître un projet, de jumelage entre Khatanga et Rouffignac. Dans l'immense grotte du Périgord, les cent mammouths gravés par les hommes du Paléolithique sont figés dans l'attente d'une résurrection !

Le mammouth fut aussi présent sur ces vieilles terres morvandelles, comme en témoigne celui gravé dans une des grottes ornées d'Arcy-sur-cure, au nord de Vézelay.

La double exposition de la Roche de Solutré, lieu de mémoire, fait se rejoindre dans une même démesure les images des temps révolus et celles des espaces lointains.

 ROSMERTA

 

 

 

L’initiation des adolescents dans l’antiquité

Chez les peuples Celtes

 

Jusqu'à l’âge de sept ans, il était laissé aux mains des femmes.  A ce terme intervenait une rupture majeure. Brusquement déconditionné, l'enfant quittait le cercle familial pour être confié aux membres d'un autre clan qui devra se charger de son éducation. Là, le garçon sera soumis à un apprentissage ponctué par des épreuves qui lui permettront d'aborder les étapes initiatrices. Cette période s'est appelée "fostérage", ou encore "nourrissage".

 

Nourrir un jeune garçon impliquait de le faire bénéficier d'une éducation complète qui incluait la préparation guerrière.

 

De cette pratique partout répandue, la littérature celtique tardive a laissé quelques exemples.  A travers la geste de héros tels que Cûchulainn, Finn, Tuan mac Cairill chez les Irlandais, Kulhwch et Peredur chez les Gallois, il nous est possible de déceler les traces de classes d'âges noyées dans le récit de leurs exploits.

Les Gaulois n'ont pas laissé d'annales. Néanmoins nous retrouvons une trace du «nourrissage» dans le Mabinogi de Pwyll, Prince de Divet.  Nous y voyons Pryderi, le fils de Pwyll, confié dès l'âge de sept ans,  selon la coutume, au seigneur Teyrnon. La mère elle-même, la reine Rhiannon, accepte le fait comme allant de soi. Cela bien que son fils ait été enlevé alors qu'il n'était encore qu'un nourrisson et qu'il vint tout juste de lui être rendu. Cette double séparation, qui la laisse frustrée des joies maternelles, n'appelle cependant de sa part aucune protestation.

 

Relevons ici un fait remarquable : pour la plupart d'entre eux, les Héros sont présentés comme "les fils de la sœur". C'est une constante qui se retrouve dans nombre de récits médiévaux avec l'expression "beau neveu" employée par le roi à l'adresse du jeune chevalier. En Irlande, Cûchulainn est le neveu du roi Conchobar, puisque le fils de sa sœur Dechtire.  Diarmaid est le neveu de Finn, le chef de la Fianna, mais ce ne fut pas pour son bonheur. Chez les Gallois, Maelgwin a pour neveu Elffin, qui secourut Taliesin, ce en quoi il fut bien mal récompensé par son oncle. Le roi Math, fils de Mathonwy, transforme, non sans raison, ses neveux en animaux. L'un d'eux, Gwydion, revenu à la forme humaine, enseigne et arme son propre neveu, Lie-Llew Llaw Gyffes, le fils de sa sœur Arianrod.  Le roi Marc'h de Cornouaille envoie en Irlande son neveu Drystan (Tristan), afin de demander pour lui-même la main de la blonde Essylt, (Yseult).  Mais Drystan, en combat singulier, tue le Morholt, qui est l’oncle d’Essylt.  Comme chacun le sait, l’histoire de cet avunculat croisé finit mal.  En Gaule, nous avons l’exemple du roi mythique Ambigatios envoyant ses neveux Bellovèse et Ségovèse à la conquête de nouveaux territoires...

 

Le cycle arthurien est prodigue de cette filiation matrilinéaire. Arthur a pour neveu Gauvain, Agravain, Guerrehet et Gaheriet, tous quatre fils de sa sœur, épouse du roi Lot d'Orcanie, et encore Yvain,  fils d'Uryen, roi de Gorre... ce dernier étant l'oncle de Baudemagu, lequel aura pour neveu Patrides le Hardi.  Pellès, le Roi-pêcheur, est l'oncle maternel de Perceval, lui-même un avatar du héros gallois Peredur, qui recevra de ses deux oncles maternels conseils et hospitalité.  Le roi Ban de Benoic, s'il est le père de Lancelot, est aussi l'oncle de Bohort et de Lionel.  Le réseau de ces filiations recouvre le légendaire arthurien en même temps qu'il présente un miroir de la société médiévale.  Tous ces neveux, cousins entre eux à des degrés divers, se reconnaissent de même sang et par ce fait se doivent assistance et secours, perpétuant ainsi la loi d'entre’ aide inter familiale qui liait entre eux les clans ceItiques. Loi non écrite quoique toujours observée. Elle se réfère à la coutume du fosterage.

 

L’enfant en âge de quitter le milieu parental était généralement confié au frère de sa mère. Cela parce que celui-ci possédait un droit de regard sur la préservation de la dot que toute jeune fille apportait avec elle lors de son entrée dans sa nouvelle famille comme l’écrit César (B.G, VI-19) : « Les maris mettent  en communauté, avec la somme d’argent qu’ils reçoivent de leurs femmes, une part de leurs biens égale à cette dot.  On fait de ce capital un compte-joint et l'on en réserve les intérêts : Celui des deux époux qui survit à l'autre reçoit la part des deux avec les intérêts accumulés »…

 

La surveillance de la bonne gestion des biens de la mère était assurée, soit par son père, soit par I'aîné de ses frères, et cette surveillance s'étendait aussi sur les biens de l'enfant, qui trouvait ainsi en ce parent, un père de substitution.

 

Un autre argument en faveur du fosterage et de sa perpétuation, est apporté par la relation de coutumes anciennes en matière de droit successoral : «..Les Irlandais racontaient que les Pictes ayant envahi I'Irlande peu de temps après l'établissement des fils de Mile, Eamon, chef de ceux-ci, les avaient chassés et transférés en (Grande) Bretagne. Mais il leur avait donné pour femmes, car ils n'en avaient pas, les veuves des guerriers de la race de Mile qui avaient péri en mer avant la conquête de l'Irlande, à condition que dorénavant chez eux les héritages se transféreraient par les femmes et non par les hommes.  L'explication mythologique confirme le fait... Ce mode de succession créait des relations particulièrement étroites entre les enfants et les frères de leur mère» (2).  Une note fait remarquer que le mode de succession du Fils de la sœur s’est maintenu sous les rois irlandais.

 

En matière d'initiation guerrière, l'exemple le plus percutant est fourni par le récit des enfances de Cûchulainn, le héros irlandais (3).  Chez ce champion congénital, les classes d'âges sont allègrement bousculées puisqu'il les franchir d'un bond en dépit des délais prescrits. Dès l'âge de cinq ans, il s’impose au milieu d'une troupe de garçons qui sont ses aînés, alors qu'ils s'exerçaient au hurling, (une sorte de hockey sur gazon irlandais) sous les yeux de leur précepteur.  Non content de les battre à plate couture, il en malmène plus d'un.  La hiérarchie des âges, il la bafoue encore lorsque dès sa sixième année il affronte et tue un animal féroce, le dogue qui gardait la demeure de Culan le forgeron.  Sa septième année atteinte, il se considère mûr pour sa prise d'armes. Il met en pièces plusieurs chars de combat avant de n’accepter comme seul digne de sa valeur que le char du roi lui-même. Au cours de sa première ronde sur les frontières, il tue les trois fils de Necht et attache leurs têtes à son char. Il capture deux cerfs à la course, leur adjoint un vol de cygnes pris au passage. Chargé de ces trophées, il se présente devant la citadelle royale encore en proie à la fureur sacrée du guerrier.  Trois cuves d'eau froide, dans lesquelles on le plonge successivement, parviendront à peine à le ramener à son état normal.

 

La période d’initiation se terminera pour lui en Alba, c'est-à-dire en Écosse, auprès de la reine guerrière Scathach qui lui apprit ses tours les plus secrets, dont le fameux gae-bolga ou jet du foudre.  En d'autres temps, elle enseigna Mog-Ruith, qui fut l’un des plus grands des chefs druides d'Irlande. C'est auprès d’elle que Cûchulainn rencontrera Ferdiad, son frère d'armes. Plus tard, le destin les verra s'opposer 1'un à l'autre au cours d'une joute mortelle. Scathach fut aussi son initiatrice sur le plan sexuel, puisque telle était la vocation de ces « reines de pique » auprès des jeunes gens qui venaient à elles.

 Extrait de « Initiation des adolescents dans les sociétés antiques »

  de Renée Camou

Rosmerta 2001



 

IMBOLC

 

Au début de du mois de février, les gourmands, et les autres, sacrifient aux rites de la Chandeleur.

 

Cette fête dérive de la récupération chrétienne d’une fête de la Tradition Primordiale, référence des Druides, qui était déjà connue en Gaules dans l’antiquité  sous le nom d’Imbolc

 

Cette fête induit une triple notion: celles de lustration, de fertilité et de Lumière montante.

Si beaucoup croient maintenant qu’elle va du crépuscule du 31 janvier jusqu'au coucher de soleil du 1er février, en fait l’Initié sait que sa célébration ésotérique a lieu traditionnellement durant la nuit de la quatrième lunaison, soit la fête des Calendes d'Anagantios (« inactif », nom gaulois de ce mois lunaire), soit :

le 24 janvier de l’année 4374 Ere Celtique, 3871 Ere de Mag Tured ;

2001 de l’ère vulgaire !

 

Elle se situe dans tous les cas à la période de l'année qui, paradoxalement, est aussi souvent la plus froide, mais où indéniablement les jours commencent à sensiblement rallonger.

Un vieil adage proclame d’ailleurs justement:

« Quand rallonge le Jour, souvent redouble le froid. »

 

lmbolc se situe donc au temps des premiers frémissements de la semence enfouie dans la terre, annonçant le printemps. Il n’y a pas si longtemps, lors de rites de la Fertilité, les paysans glorifiaient encore la divine germination par des processions aux flambeaux à travers champs.

 

C'est le temps du renouveau, de la purification et de la renaissance après la période de dormition et de rigueur subie au cours de l'hiver.

 

A Rome, les lupercales, fêtes de lustration et de fécondité de la fin de l'hiver, se tenaient à peu près à la même époque de l’année.

 

Imbolc est sous le patronage de la Grande Déesse, quel que soit le nom qu’on lui donne selon le lieu et l’époque. (Belisama, Brigantia, Brigit, Matirona, Dana, etc.…)

 

Elle est aussi la Déesse aux trois visages ( la triple Martre). Ses attributs les plus réputés sont le don de guérison, l'art du feu et la poésie.

 

A lmbolc, la Déesse se transforme: abandonnant son aspect de géronte hivernal, Elle devient la Vierge, manifestation juvénile de la Déesse solaire, se réveillant de la mort apparente où Elle dormait depuis la fin du cycle précédent. Les crêpes, ou galettes rondes dans certaines contrées, sont d’ailleurs la représentation symbolique (et culinaire) du disque solaire. Elles sont parties incontournables du rituel et des festivités d’Imbolc.

 

Imbolc est ainsi incontestablement La Fête de la Féminité, et c’est celle où les femmes consacrées officient exclusivement.

 

Dans certains pays, on la commémore aussi avec l'allumage de la Couronne de Lumière, Cercle de 13 bougies symbolisant le nombre de lunaisons dans l'année solaire.

 

Après l’imposition du calendrier julien (du à Jules César !), le christianisme récupéra Imbolc en la transformant en Sainte Brigitte (Déesse Brigit) le 1er février, et le 2 la Chandeleur, « l’heur (moment) des chandelles » ! Et des crêpes...

 

Enfin, si vous avez fêté Imbolc le 2 février, voire le 3 cette année, ne vous désespérez pas après avoir lu cet article, car sachez que les fêtes d’Imbolc duraient une quinzaine de jours dans l’antiquité !

 

 

 

 

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